Avant le début de la pandémie de COVID-19, seuls 7 % des salariés français pratiquaient régulièrement le télétravail selon le Ministère du travail. Mais à l'annonce du confinement à la mi-mars 2020, les entreprises ont dû s'adapter en urgence afin d'assurer la continuité de leurs activités. Ce sont alors plus de 5 millions de Français qui ont pris part à l’expérimentation massive du télétravail, laissant entrevoir une rupture durable dans les modes d’organisation. Car à l'heure du déconfinement, de nombreuses entreprises penchent vers une systématisation du télétravail partiel pour leurs salariés. Quant aux collaborateurs, ils ont rapidement adopté ce fonctionnement puisque 53 % des salariés souhaitent y avoir davantage recours à la suite du confinement selon l’enquête Ifop pour BNP Paribas Real Estate, plébiscitant un meilleur équilibre de vie, une concentration accrue ainsi qu'une réduction du niveau de stress et de la fatigue liée au temps de transports. Alors que le monde sort prudemment du confinement, à quelles transformations durables doit-on s'attendre pour les années à venir : le travail « hors les murs » est-il en passe de devenir la norme ?

« L'idée de placer 7 000 personnes dans un immeuble appartient peut-être au passé »

 

Cette petite phrase prononcée récemment par le CEO de la banque Barclays résume assez bien l'état d'esprit de nombreux chefs d'entreprises qui ont - quasiment du jour au lendemain - trouvé des réponses à leurs interrogations concernant l'implémentation du travail décentralisé.

En effet, avant la crise, les craintes persistaient face au télétravail : l'entreprise peut-elle réellement fonctionner en remote ? Comment manager des collaborateurs qui travaillent à distance ? Comment s'assurer de leur productivité ?

Pourtant, si l'on considère que pendant plusieurs semaines, même les plus grosses multinationales ont été dirigées par des personnes travaillant depuis leur salon ou avec leur laptop posé sur la table de la cuisine, il est facile de comprendre pourquoi le bureau semble bien parti pour s'installer durablement hors-les-murs de l’entreprise. C'est d'ailleurs déjà le cas pour Twitter qui vient d'annoncer à ses collaborateurs qu'ils pourront continuer à travailler « indéfiniment » depuis chez eux. Même son de cloche chez Square ou encore chez Facebook dont le célèbre CEO estime d'ailleurs que 50% de ses effectifs (45 000 salariés au total dans le monde) pourrait travailler en home-office d'ici à 2030. Pour les GAFA donc, comme pour de très nombreuses entreprises, petite ou grandes, le travail décentralisé tendrait ainsi à se généraliser... et ce n'est pas uniquement pour des raisons sanitaires.

Des salariés plus productifs et un meilleur équilibre vie pro / vie perso

 

D'après une étude réalisée par Malakoff Médéric avec l’Ifop en 2018, les dirigeants d'entreprise pratiquant le télétravail y trouvaient déjà de nombreux avantages dont une meilleure responsabilisation (91 %), une plus grande autonomie (88 %) et plus généralement un engagement accru des salariés et une meilleure productivité. Il faut en effet rappeler que la mise en place du télétravail impose de mesurer l’efficacité par les objectifs atteints, mais non plus par le présentéisme, , ce qui valorise l'autonomie et responsabilisation des collaborateurs.

Autre argument qui plaide en faveur du travail décentralisé : la diminution du temps passé dans les transports dont on sait qu'il impacte la fatigue et le niveau de stress. Une étude de l’Université de Cambridge réalisée en juin 2017 illustrait que les salariés ayant un trajet équivalent à 60 minutes ou plus par jour avaient 30 % de risques en plus de souffrir de dépression et d’être concernés par le stress lié au travail (12 %).

Rappelons en effet que le temps de trajet moyen domicile-travail en France est de 37 minutes et il s’élève à 44 minutes (soit près d'1h30 par jour) pour les franciliens selon un sondage BVA Opinion (2018). La peur d’attraper le virus dans les transports et, encore plus, au sein de son entreprise, cristallise aujourd’hui les motivations des actifs à rester travailler de chez eux (respectivement 24 % et 49 % des interviewés), bien plus qu’une certaine appétence pour le travail à la maison (37 %) ou encore l’envie de ne plus perdre de temps dans le trajet domicile-travail (26 %) selon l’étude de BNP Paribas Real Estate précitée.

Travailler chez soi ou depuis un centre de coworking près de son domicile permet donc de gagner de précieuses minutes de sommeil, d'avoir davantage de temps pour soi et de mieux équilibrer son rythme de vie.

Réduire les déplacements, c'est bon pour l'environnement

 

Avec près de 70 % des salariés français qui utilisent leur voiture pour se rendre au travail selon l’Insee, la mise en place du télétravail (intégré bien sûr à une vision globale de la mobilité) fait partie des mesures qu'il est possible d'inscrire au PDM (Plan de Mobilité) de l'entreprise pour réduire l'impact environnemental.

Optimiser ses coûts immobiliers

 

Avant la crise sanitaire de 2020, les entreprises repensaient déjà l'aménagement de leurs espaces de travail en adoptant des ratios de 1 poste de travail pour 2 ou 3 collaborateurs. Quand on sait que le budget immobilier représente le deuxième poste de dépenses après les salaires, on comprend alors l'intérêt d'adopter les principes du flex-office.

Dans le monde post-crise, le bureau nomade permet non seulement à l'entreprise d'optimiser ses coûts immobiliers mais aussi de gagner en flexibilité et en agilité.  En cas de nécessité (un nouvel épisode épidémique par exemple), il est alors plus aisé de dédensifier les espaces de travail - comme l'impose le protocole de déconfinement édité par le Ministère du Travail - grâce à l'alternance entre présence physique au bureau et travail à distance depuis le domicile ou un espace de coworking.

Elargir le bassin de talents

 

D'un point de vue RH enfin, le travail décentralisé ouvre de nouveaux horizons. Une entreprise dont le siège social est basé, par exemple, sur Paris QCA reste bien évidemment très attractive pour les futurs talents. Pour autant, cette implantation ultra centrale et aussi désirable soit-elle pour de futurs collaborateurs, restreint le recrutement à un périmètre francilien. L'implémentation du télétravail pourrait donc permettre à l'entreprise d'élargir son pool de talents potentiels partout en France. C'est d'ailleurs la toute nouvelle stratégie RH adoptée par Mark Zuckerberg comme  annoncé dans une interview qu’il accordée au magazine online The Verge en mai 2020 : « Lorsque vous limitez l'embauche à des collaborateurs qui vivent uniquement dans quelques grandes villes ou qui sont disposés à y déménager, cela élimine de fait de nombreux talents qui évoluent dans d'autres environnements et qui disposent par conséquent d'expériences variées et de perspectives différentes ». Le patron de Facebook a par ailleurs annoncé l'ouverture de 3 nouveaux hubs à Dallas, Denver et Atlanta.

Car le bureau, s'il n'est plus l'unité de temps, de lieu et d’action des années 80, reste essentiel en tant qu'espace fédérateur. Une donnée cruciale que l'on retrouve d'ailleurs dans une l’étude exclusive réalisée par l'Ifop pour BNP Paribas Real Estate puisque 31% des personnes interrogées souhaitent en effet revenir sur leur lieu de travail pour revoir leurs collègues, soulignant ainsi l'importance du lien social en entreprise.

Les échanges informels, les contacts spontanés, les discussions improvisées sont autant d’éléments qui ont un véritable impact sur le travail comme le moral des collaborateurs.

Plusieurs experts illustrent par ailleurs le concept de « vidéo fatigue » du au trop plein de télétravail et l’inconfort global de l’expérience en raison du fait que les outils utilisés durant cette période de confinement sont les mêmes que ce soit pour un usage professionnel, familial, ou de loisirs. «Nos esprits sont ensemble mais nos corps sentent que nous ne le sommes pas. Cette dissonance, qui fait que les gens ont des sentiments contradictoires, est épuisante. Vous ne pouvez pas vous détendre naturellement dans la conversation», estime Gianpiero Petriglieri, professeur associé à l’Insead, interrogé par la BBC.

Le COVID-19 aurait-il tué le bureau ?

 

Le choc planétaire provoqué par le coronavirus a donc profondément impacté nos façons d'habiter, de nous déplacer et de travailler. Mais du point de vue de l'organisation des espaces de travail dans les entreprises, cet épisode pandémique inédit ne signe toutefois pas l'arrêt de mort de l'immeuble de bureau : il le transforme en accélérant les mutations déjà en cours depuis plusieurs années. La généralisation de la pratique du télétravail, le desk-sharing, la location de postes de travail en coworking favorisent ainsi la mise en œuvre du flex-office, permettant une optimisation des coûts immobiliers. Le bureau s'impose alors comme le point de ralliement pour les clients, les partenaires, les prestataires et les salariés qui ont plaisir à y venir pour les réunions d'équipes, les échanges entre collègues et la créativité.

Alors, finalement, dans ce nouveau monde post-viral, et si le bureau s'affirme plus que jamais comme un hub collaboratif, confirmant s'il en était besoin qu'il doit impérativement être envisagé comme un outil managérial à part entière et un levier stratégique pour les organisations.

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