L’engouement généralisé autour du coworking ne fait que progresser depuis 2005 et l’ouverture officielle du premier espace du genre aux Etats-Unis par Brad Neuberg (1). La promesse de flexibilité et d’agilité offerte par ces espaces a réussi à séduire nombre d’utilisateurs qui intègrent désormais des critères d’hybridité dans leurs réflexions immobilières. Ils représentent une véritable opportunité à de nombreux égards et la crise du COVID19 n’a fait que renforcer ce constat. Si pour certains centres d’espaces flexibles, la crise a fragilisé le business model, d’autres considèrent à l’inverse que celui-ci s’en trouve renforcé. Exit le coworking cependant puisque la terminologie adéquate serait encore à inventer. Echange avec Paulo Dias, CEO Southern Europe-Brazil - Co-Head of Network Development, IWG (Regus, HQ et Spaces).

  • En quoi les tiers-lieux pourraient-ils être une réponse aux problématiques rencontrées lors de cette crise sanitaire ?

 

Paulo Dias : La crise sanitaire du COVID19 a fortement impacté le monde de l’entreprise. Le télétravail à grande échelle a permis de tester et de légitimer le travail hors des murs de l’entreprise. Il a aussi permis de revaloriser et d’offrir une visibilité certaine aux espaces de coworking et autres tiers-lieux. La période que nous venons de vivre n’a pas été des plus faciles pour tous car le travail à domicile impose des conditions optimales en termes d’espaces, de connectique, de concentration… Et cela les télétravailleurs l’ont bien compris, puisque nos centres ont été fortement plébiscités et sont restés ouverts 24h/24h durant toute la période de confinement.

Il y a eu une approche plus mesurée des services et des salles de réunion évidemment, mais l’accès pour l’activité récurrente des clients (accès aux bureaux, traitement administratif…) est resté maintenu. Etant un acteur international, et présent en Chine y compris à Wuhan, nous avons suivi de très près depuis le mois de décembre l’évolution de la situation et les politiques de lockdown internationales. Nous avions eu le temps de nous préparer et d’anticiper les mesures sanitaires à mettre en place (limitation des entrées aux personnes extérieures, espacement des postes, limitation des services « à risque » …). La réponse sanitaire pouvait être différente selon les pays, mais nous avons travaillé sur un tronc commun.

Des habitudes qui selon moi vont perdurer dans le temps car elles répondent à de nouveaux enjeux de distanciation sociale, mais aussi de mobilité (les salariés veulent travailler à proximité de chez eux), d’organisation des temps de travail (adoption des horaires décalées) et de flexibilité (baux à 12 mois+). Nous sommes au début d’une nouvelle ère. Des habitudes ont été adoptées et doivent certes être davantage encadrées mais un retour en arrière n’est à mon sens plus possible. L’étalement et la multiplication des espaces de travail sont plus que jamais la norme aujourd’hui, renforcés en ce sens par les défis environnementaux auxquels nous devront faire face demain. 

C’est pourquoi les espaces tiers flexibles s’annoncent comme très majeurs dans les stratégies des entreprises. Nos clients nous le confirment, et estiment qu’il est aujourd’hui sécurisant de conserver leur siège social mais en l’agrémentant d’un réseau d’espaces flexibles « à la carte » pour y regrouper leurs collaborateurs. L’objectif étant de tendre vers une adaptabilité maximum.

Les espaces tiers flexibles s’annoncent comme très majeurs dans les stratégies des entreprises. Nos clients nous le confirment, et estiment qu’il est aujourd’hui sécurisant de conserver leur siège social mais en l’agrémentant d’un réseau d’espaces flexibles « à la carte » pour y regrouper leurs collaborateurs.

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Paulo Dias
IWG

  • Suite à la crise, voyez-vous une évolution dans la nature des demandes qui vous sont adressées ?

 

Paulo Dias : La fréquentation de nos sites a un peu diminué durant la période de lockdown, mais depuis le mois de juin, nous constatons une accélération des retours dans tous nos centres. D’un point de vue transactionnel (demandes exprimées et signatures de nouveaux contrats) ce fut également une période creuse à partir de la deuxième quinzaine de mars, mais avec une accélération progressive depuis début mai et un retour quasiment à la normale aujourd’hui.

La nature des demandes concerne principalement le travail en mode projet, l’implantation de nouvelles filiales, le regroupement de cellules à haute valeur ajoutée… mais progressivement, cela évolue. Les grands groupes ont de plus en plus recours à ces types d’espaces et la taille moyenne des entreprises diminue. En effet pour des raisons évidentes de flexibilité, de comptabilité, de rationalisation des coûts et d’absence d’investissement de CAPEX important, les espaces tiers sont aujourd’hui très plébiscités.

  • Pensez-vous que la crise du Covid va accentuer le recours aux tiers-lieux ? ou les faire évoluer vers d’autres modèles ?

Paulo Dias : Certains sites sont plus plébiscités que d’autres. Les sites situés en périphérie, à proximité des lieux de résidence des salariés, accélèrent plus vite à la fois en utilisation des clients existants et de demandes exprimées. L’équilibre vie privée / vie personnelle est plus que jamais une priorité. Je ne suis pas convaincu du 100% télétravail mais de davantage d’exploitation des tiers-lieux, très certainement. Il va s’agir de trouver pour les entreprises le bon équilibre entre la présence au siège, le télétravail et la possibilité d’accès à des tiers-lieux. L’enjeu derrière cette quête d’hybridité, réside dans le fait de pouvoir offrir une distribution efficace de l’outil de travail en fonction de l’endroit où l’on se situe. Et cela nous y croyons depuis le 1er jour ! Nous pensons réseaux et partenariats stratégiques avec nos clients pour qu’ils puissent accéder à une multitude de centres.

Ce maillage aura des effets bénéfiques pour de nombreuses structures. Et nous continuerons notre développement avec cette architecture en réseau. Il faudra cependant sur le long terme veiller à la réussite du modèle économique des centres plus reculés.

En termes d’évolution, je pense qu’il faut se repencher sur la terminologie même de ces espaces. Souvent regroupés sous la houlette du coworking, ils intègrent aujourd’hui près de 85% d’espaces privatifs. Les parties communes et servicielles ne représentent qu’une infime partie des espaces et des usages. J’ai le sentiment que nous sommes moins dans des espaces de coworking que dans des modèles de bureaux classiques.

La crise va permettre je pense aux principaux acteurs de consolider leur modèle. L’industrie va continuer de se développer et va aller plus loin dans l’offre proposée aux collaborateurs.

Définitivement les espaces flexibles sont l’avenir des espaces de travail décentralisés et s’affirment aujourd’hui comme une classe d’actifs à part entière !

En savoir plus sur IWG

(1) Neuberg B (non daté) The start of coworking (from the guy that started it). Coding in paradise. 

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