Dans tous les domaines, il y aura un avant et un après Coronavirus. Le travail en lui-même et son organisation seront forcément impactés dans leur perception et leur structure. Le coworking, espace alternatif déjà très prisé ces dernières années, trouve donc sa légitimité renforcée. Aux prémices d’un déconfinement partiel et progressif, les collaborateurs n’auront pas tous été à même de rejoindre leur bureau dès le 11 mai. Il faudra alors trouver une alternative qui permettra à la fois de respecter les mesures de distanciation sociale tout en retrouvant un rythme de croisière. En sus du télétravail, le coworking et le bureau devront donc se réinventer et c’est conjointement qu’ils offriront des espaces toujours plus fonctionnels et sûrs pour leurs occupants.

Un marché encore solide malgré la crise sanitaire

Les espaces de coworking reflètent assez bien l’économie et les tendances sociétales car ils s’adaptent naturellement à leur contexte. La démocratisation du travail à distance corrélée avec l’évolution des nouvelles technologies avait déjà permis l’essor de ces lieux agiles et flexibles. Dans beaucoup de domaines, la crise sanitaire va accélérer des habitudes déjà bien ancrées et confirmer des tendances qui étaient déjà bien présentes. Si le confinement a fait chuter les volumes de transaction en coworking de l’ordre de 75 %, ce qui est d’ailleurs comparable à de nombreux autres secteurs, l’annonce du président Emmanuel Macron quant à la date du déconfinement a fait doubler leurs leads. Il reste certes à transformer cette demande mais le potentiel est bien là. Les prochains mois devraient confirmer une tendance déjà structurellement favorable au secteur.

À court terme, il n’y a pas trop d’inquiétudes à se faire sur ce modèle car les contrats de courte durée représentent seulement 10 à 15 % de l’activité. En Ile-De-France, l’offre n’a pas encore atteint son point d’équilibre et représente environ 1 % du parc, ce qui est relativement faible comparé à d’autres grandes métropoles. Ce retard s’explique en partie par une montée en puissance moins fulgurante de l’entreprenariat au sein de la culture française en comparaison du modèle anglosaxon. Londres reste en Europe la ville qui propose le plus de surfaces dédiées au coworking.

Un retournement du marché du coworking est par conséquent difficilement envisageable eu égard à la sous offre de bureaux dans Paris (2,2 % de taux de vacance), à un besoin de centralisation toujours très présent sans compter les nouveaux besoins résultant de la crise sanitaire.

Une réponse adaptée au contexte actuel

Dans un tel contexte, on peut d’ores et déjà lister une typologie des besoins qui se divise en trois grandes catégories. Tout d’abord, les espaces de coworking seront des « espaces de temporisation ». Je pense par exemple aux entreprises qui devaient déménager dans un immeuble et qui ne pourront pas être livrées dans l’immédiat. Une transition optimale pourra être assurée dans des centres dédiés et déjà fonctionnels.

Je pense ensuite au coworking comme un espace de flexibilité. Il l’était déjà avant, mais la résilience de son modèle se trouve aujourd’hui réaffirmée. Cela évite tout simplement de s’engager dans un bail traditionnel sur le long terme et permet d’offrir une certaine souplesse aux sociétés qui navigueront encore à vue après la crise. Ce besoin se fera ressentir dans un contexte économique encore au ralenti pour le moment et qui nécessite, pour certains acteurs, d’avancer avec prudence et pragmatisme. 

Enfin, les centres de coworking peuvent correspondre à des « espace de dégagement ». Le retour au bureau progressif, dans le strict respect des mesures sanitaires, impose à beaucoup de sociétés un roulement de leurs équipes. Le télétravail n’est pas optimal pour tout le monde car le home office n’offre pas toujours le confort, l’augmentation technologique et servicielle que l’on trouve au bureau. Les espaces de coworking, qui se situent entre les deux, sauront alors s’adapter aux mesures sanitaires, ils le font d’ailleurs depuis le début du confinement puisque la plupart d’entre eux sont restés ouverts.

Ces mesures sanitaires passent par différentes actions concrètes déjà appliquées dans les espaces de coworking. L’espacement des postes et leur déconcentration semble inévitable bien entendu mais il faudra aussi limiter les services à risque comme les réunions, les happy hours… et malheureusement tous ces petits rituels de convivialité qui font le plaisir de se retrouver au travail. Il faudra bien entendu limiter la densité d’occupation et par la même occasion les personnes extérieures au centre. Il est aussi tout à fait possible d’offrir des espaces privatifs afin de laisser les utilisateurs gérer leur sécurité. Les espaces de coworking savaient déjà s’adapter avant, ils sauront d’autant mieux appliquer ces principes de précaution à l’avenir. 

Si le télétravail a fait ses preuves dans une certaine mesure pendant le confinement, il est utile de rappeler que selon une étude Ifop commandée par BNP Paribas Real Estate au mois d’Avril, 28 % des gens déclaraient mal le vivre. 39 % disaient être moins efficaces en télétravail et 41 % regrettaient les échanges avec leurs collègues. L’environnement professionnel est donc plébiscité, il permet un partage d’expériences que le télétravail et la visioconférence ne sauraient remplacer. Le coworking est par conséquent l’une des solutions répondant à la fois aux mesures de précaution sanitaire édictée par le gouvernement et à la propension naturelle des gens à sociabiliser dans un lieu dédié à l’activité professionnelle. Le bureau et le siège social continueront quant à eux d’assurer leur rôle de vitrine ; centre décisionnel, centre technologique, mais aussi lieu de partage, d’émulation, d’inspiration et de performance que le coworking viendra compléter.

Tribune

Eric Siesse, Directeur Général Adjoint Transaction IDF BNP Paribas Real Estate

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