La crise sanitaire du coronavirus aura interrogé en profondeur les paradigmes de notre système économique et sociétal. Mettant en exergue ses ressorts et certains dysfonctionnements, elle fut également l’occasion de conforter des mécanismes déjà mis en place par les politiques RSE des entreprises en accord avec les objectifs de développement durables de l’ONU. Plus que jamais, la préservation de l’environnement et la réduction des inégalités auront été centrales pour penser le « monde d’après ». Nous l’avons vu pendant la crise sanitaire, le confinement a réellement permis d’accélérer des tendances déjà en cours, et ce dans tous les domaines. Comment doivent se positionner les directions RSE dans ce contexte et comment peuvent-elles participer à la mutation engagée ? Ce moment charnière va-t-il agir comme un catalyseur des dispositifs déjà en place ? Va-t-il permettre d’en inventer de nouveaux ? D’un point de vue concret et pragmatique, quel rôle peuvent jouer les entreprises aujourd’hui pour construire un système encore plus responsable et solidaire ? Quelle est la part de responsabilité du secteur immobilier dans la construction d’une ville plus durable, plus résiliente et plus inclusive ? 

Des risques anticipés par les politiques RSE

 

La crise sanitaire que nous traversons bouleverse complètement l’écosystème du secteur immobilier et confirme notre engagement à développer des offres de services responsables et innovantes. Il est primordial de comprendre les risques, les impacts, mais aussi les opportunités qu’elle peut offrir au regard des 3 piliers du développement durable (responsabilités économique, environnementale, et sociale). Cette pandémie avait été annoncée par la communauté scientifique. En janvier 2019 et 2020, le World Economic Forum classait la propagation des maladies infectieuses dans le top 10 des risques les plus importants des dix prochaines années. Cinq facteurs augmentent la propagation des maladies infectieuses :

  1. La connectivité des transports dans un cadre mondialisé qui permet la circulation des Hommes et des marchandises à une vitesse importante.
  2. L’urbanisation et la densification croissantes des villes.
  3. La déforestation et la perte de biodiversité.
  4. Les changements climatiques, conséquence de l’activité humaine et qui bouleversent un peu plus les écosystèmes.
  5. Enfin, le déplacement des populations et les flux migratoires d’urgence.

Vers un immobilier de bureau plus résilient pour répondre aux enjeux des crises à venir

 

Afin d’agir de façon pragmatique et planifiée, il est de notre responsabilité de comprendre les impacts sociaux, économiques et environnementaux propres à notre secteur.  L’impact social tout d’abord est le plus visible depuis le début de la crise sanitaire. La santé, la panique liée au virus, la peur du confinement, mais aussi du déconfinement ou encore la perte de revenus pour certains sont autant de traumatismes que nous devons prendre en compte.

L’étude IFOP pour BNP Paribas Real Estate publiée en avril 2020 révèle que 61% des individus interrogés ont exprimé leur peur d’attraper le virus dans les transports ou au sein de l’entreprise. 76% souhaitaient un retour progressif au bureau avec une priorité absolue pour la santé. Il nous a donc fallu repenser l’organisation du travail dans un contexte d’urgence ainsi que les notions de management avec la distance. Nous avons également mis en œuvre de nouveaux protocoles d’hygiène et de sécurité ainsi que réaménagé les espaces de travail pour permettre un retour au bureau dans les meilleures conditions au sein des immeubles que nous occupons. De plus nous avons fourni des guides pratiques à destination de nos clients.

Malgré le succès du télétravail pendant le confinement, le bureau va conserver voire renforcer son attractivité. L’organisation et la densité d’occupation de ses espaces, ses usages et l’utilisation des équipements partagés sont amenés à être repensés. Le bureau restera un lieu de destination pour les collaborateurs, un lieu de rassemblement, de collaboration et d’interaction autour duquel la culture d’entreprise sera à réinventer.

Quelles opportunités pour le secteur de l’immobilier ?

 

La pandémie de covid-19 va sans aucun doute continuer à changer notre façon de vivre et de travailler. Nous avons identifié 5 nouvelles tendances qui feront partie de notre « nouvelle normalité » et auront un impact sur le secteur de l’immobilier :

Croissance de l’externalisation des entreprises. Les occupants rechercheront de plus en plus des services immobiliers tiers pour maintenir la continuité des activités. Il faut s’attendre à une demande accrue d’une nouvelle conception du lieu de travail, des solutions de travail plus numériques, flexibles, délocalisées et axées sur la santé (espaces de coworking, antennes des sièges en région, aménagement d’espaces mixtes au pied des immeubles de logements…).

Augmentation des allocations de capital à l’immobilier et renforcement des investissements qui répondent aux critères ESG. D’après Morningstar & MSCI World, les fonds ESG ont mieux résisté à la crise boursière pendant la crise du COVID-19. Les entreprises qui ont pris en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont subi des baisses plus faibles que les entreprises non engagées. Par ailleurs, avec le développement du e-commerce, qui nécessite trois fois plus d’espaces logistiques que le commerce traditionnel, l’immobilier industriel va s’adapter aux nouveaux besoins des consommateurs et devrait ainsi représenter une opportunité pour les investisseurs.

L’urbanisation est à repenser pour développer des solutions de ville durable et inclusive : mobilité extra-urbaine, solutions évolutives de la smart city, investissements dans les infrastructures publiques, focus sur la sécurité et la santé publiques.

L’accélération du déploiement des technologies que ce soit pour le télétravail, la formation à distance ou les vidéoconférences. La digitalisation du parcours client va également se renforcer. Je pense également à une plus grande interaction entre les bureaux physiques et digitaux, au boom du e-commerce ou encore à la multiplication des plateformes collaboratives. Sans oublier le nécessaire renforcement de la cyber sécurité et de la confidentialité des données du fait du travail à distance depuis des appareils personnels.

La prise de conscience de la responsabilité de l’immobilier sur l’environnement et la société. Le secteur contribue en effet aux émissions de gaz à effet de serre, à l’artificialisation des sols et à la fragmentation des milieux – facteurs d’érosion de la biodiversité – ainsi qu’à l’exploitation des ressources naturelles. Nous devons ainsi placer les questions du changement climatique, de la biodiversité et de l’économie circulaire au cœur de nos réflexions afin d’avoir un impact positif. C’est ce à quoi BNP Paribas Real Estate s’engage avec sa politique RSE Inspire Real Estate.

 

Pour conclure, cette crise sanitaire nous conforte dans le choix de construire et d’agir en faveur d’une société plus responsable. Cette mobilisation doit se faire avec toutes nos parties prenantes : partenaires d’affaires, clients, collaborateurs, collectivités territoriales, fournisseurs car cette transition ne se fera que collectivement.

Tribune signée

Catherine Papillon, Directeur Développement durable/RSE BNP Paribas Real Estate